La fécondité au Maroc passe sous le seuil de renouvellement des générations

Le Maroc entre dans une nouvelle phase de sa transition démographique. Selon une étude récente de l’Institut national français d’études démographiques (INED), l’indice de fécondité du Royaume est tombé à 1,97 enfant par femme en 2024, un niveau désormais inférieur au seuil de remplacement des générations fixé à 2,1 enfants. Cette évolution marque un tournant majeur pour un pays qui a longtemps connu une croissance démographique soutenue.

Cette baisse s’inscrit dans une tendance de fond observée depuis plusieurs décennies. Alors que certains pays du Maghreb ont connu des périodes de reprise de leur natalité, le Maroc a suivi une trajectoire plus régulière vers une réduction du nombre moyen d’enfants par famille. Les spécialistes y voient le résultat de changements sociaux, économiques et culturels qui redessinent progressivement le modèle familial marocain.

L’un des principaux facteurs identifiés est l’augmentation du recours à la contraception. Aujourd’hui, près de sept femmes mariées sur dix utilisent une méthode contraceptive, contre environ quatre sur dix dans les années 1990. Les méthodes modernes, notamment la pilule, le stérilet ou les implants, occupent désormais une place importante dans la planification familiale, permettant aux couples de mieux maîtriser le calendrier et le nombre des naissances.

Contrairement à certaines idées reçues, cette évolution n’est pas liée à un report massif du mariage. L’étude souligne même que l’âge moyen des femmes au premier mariage est passé de 26,3 ans en 2004 à 24,6 ans en 2024. Les couples marocains continuent donc de fonder une famille relativement tôt, mais choisissent d’avoir moins d’enfants qu’auparavant.

Les contraintes économiques jouent également un rôle important. L’augmentation du coût de la vie, les dépenses liées à l’éducation, l’allongement des études supérieures et les incertitudes du marché de l’emploi influencent de plus en plus les décisions familiales. Pour de nombreux ménages, la question n’est plus seulement le nombre d’enfants souhaité, mais aussi les conditions matérielles permettant de leur offrir un cadre de vie stable et des perspectives d’avenir satisfaisantes.

Cette nouvelle réalité démographique pourrait avoir des conséquences durables sur le Maroc. Avec une population vieillissante et une proportion croissante de personnes âgées de 60 ans et plus, les défis liés aux systèmes de santé, de retraite et de protection sociale devraient gagner en importance au cours des prochaines décennies. Le Royaume devra ainsi adapter ses politiques publiques à une structure démographique en pleine mutation, caractérisée par moins de naissances et une espérance de vie plus élevée.

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