La réforme fiscale engagée par le Maroc suscite un intérêt croissant à l’étranger. En Belgique, Emmanuel Degrève, président de l’Institut des conseillers fiscaux et des experts-comptables, estime que son pays pourrait s’inspirer de plusieurs choix opérés par le Royaume pour améliorer ses finances publiques.
Dans une tribune publiée le 1er novembre dans le quotidien La Libre Belgique, il défend une approche fondée sur l’élargissement de l’assiette fiscale, la stabilité des règles et la continuité des réformes. Selon lui, les difficultés budgétaires belges ne peuvent être résolues uniquement par de nouvelles hausses d’impôts ou des réductions des dépenses publiques.
Les résultats enregistrés par le Maroc en 2025 illustrent l’évolution de ses recettes fiscales. Les recettes brutes gérées par la Direction générale des impôts ont atteint 294,97 milliards de dirhams, en hausse de 18,9 % sur un an. L’impôt sur les sociétés a dépassé les 100 milliards de dirhams. Après remboursements et restitutions, les recettes nettes ont avoisiné 270 milliards.
Au-delà de ces chiffres, Emmanuel Degrève retient surtout la trajectoire engagée depuis 2021. Le Maroc a adopté une loi-cadre destinée à fixer les grandes orientations de sa réforme fiscale sur plusieurs années. L’objectif consiste notamment à élargir la base imposable, à rapprocher progressivement certains taux et à intégrer davantage d’activités informelles dans le circuit économique formel.
Cette stratégie s’est traduite par des évolutions de l’impôt sur les sociétés, puis de l’impôt sur le revenu. La digitalisation des procédures fiscales et le croisement des données viennent également renforcer les mécanismes de contrôle et de collecte.
La situation belge présente toutefois des caractéristiques différentes. La Banque nationale de Belgique prévoit une croissance économique de 0,6 % en 2026. Le déficit public pourrait atteindre 5,7 % du PIB en 2028, tandis que la dette publique se rapprocherait de 115 % de la richesse nationale.
Face à ces perspectives, l’expert-comptable plaide pour une réforme construite dans la durée. Il considère que la Belgique doit rendre ses règles fiscales plus prévisibles et élargir son assiette avant d’envisager une éventuelle baisse des taux. Il cite également la facturation électronique comme un moyen d’améliorer le suivi des transactions et le contrôle fiscal.
Emmanuel Degrève relève néanmoins plusieurs fragilités dans le système marocain. Les recettes de l’impôt sur les sociétés restent fortement dépendantes d’un nombre limité de grandes entreprises. Les salariés supportent également une part importante de l’impôt sur le revenu.
Son analyse ne présente donc pas le Maroc comme un modèle à reproduire intégralement. Elle met plutôt en avant l’intérêt d’une comparaison entre deux systèmes fiscaux confrontés à des défis différents.
Pour le Maroc, l’enjeu reste notamment de consolider les recettes publiques tout en élargissant la contribution des acteurs économiques. Pour la Belgique, l’expérience marocaine soulève une question centrale : comment construire une réforme fiscale cohérente, lisible et suffisamment durable pour renforcer les finances publiques ?




