Le Maroc s’impose comme un hub industriel des technologies propres

Le Maroc figure désormais parmi les bases industrielles les plus prometteuses de la rive sud de la Méditerranée pour les technologies propres. Une cartographie publiée le 4 septembre par la Commission européenne place le Royaume, aux côtés de l’Égypte, parmi les deux pays disposant des fondations manufacturières les plus solides dans la région MENA.

Cette position repose moins sur des projets annoncés que sur des capacités déjà installées. Le Maroc dispose notamment d’une industrie active dans les transformateurs, les tableaux électriques, les câbles, l’assemblage de modules solaires, les pales d’éoliennes ainsi que certains matériaux destinés aux batteries.

L’étude européenne, intitulée « Mapping Clean Tech Industry in the MENA Region », examine six filières : solaire photovoltaïque, éolien, batteries, équipements de réseau, pompes à chaleur et hydrogène. Elle cherche notamment à mesurer les capacités industrielles existantes et à identifier les complémentarités susceptibles d’être développées entre l’Europe et les pays de la région.

Le principal avantage marocain tient à la structure de son appareil industriel. La Commission européenne décrit le Royaume comme une base manufacturière orientée vers l’exportation, bénéficiant de son expérience dans l’automobile, l’aéronautique, la chimie et les équipements électriques, mais aussi de ses infrastructures logistiques et de son intégration commerciale.

Le secteur électrique apparaît comme le maillon le plus abouti. Les industriels marocains fabriquent déjà des transformateurs, des tableaux électriques, différents équipements électrotechniques et des câbles. Certains de ces produits sont exportés vers les marchés africains, donnant au Royaume une véritable position exportatrice dans cette branche des technologies propres.

Cette avance reste toutefois concentrée sur des composants dont le niveau technologique varie fortement. Dans les câbles, la production demeure principalement orientée vers la basse tension, tandis que le développement de la moyenne tension commence à se renforcer. En revanche, la cartographie européenne ne relève pas encore de production marocaine établie de câbles à haute tension, un segment appelé à devenir stratégique avec l’essor des grands projets électriques et des infrastructures HVDC.

Le solaire illustre une autre caractéristique de l’industrie marocaine : la capacité d’assemblage progresse plus rapidement que la fabrication des composants stratégiques. Le pays produit déjà des structures de montage, des câbles solaires basse tension et des chauffe-eau solaires. Solaris dispose également de capacités industrielles à Tanger, avec une ligne supplémentaire de 750 MW ajoutée en 2024.

Mais l’amont de cette chaîne reste largement absent. La Commission européenne ne recense pas de production industrielle active de wafers, de cellules photovoltaïques ou de verre solaire au Maroc. Les projets liés au polysilicium et aux cellules demeurent à des stades préparatoires. L’enjeu pour le Royaume est donc désormais de remonter la chaîne de valeur afin de réduire sa dépendance aux composants importés.

Dans l’éolien, le Maroc a également franchi le cap de la production industrielle avec les pales de turbines. L’usine d’Aeolon implantée près de Nador dispose d’une capacité théorique annoncée de 600 jeux de pales par an et vise les marchés européens, africains et moyen-orientaux. Le site est entré en production après son ouverture officielle en mai 2025.

La chaîne reste néanmoins incomplète. Aucune production locale établie de turbines complètes, de multiplicateurs ou de générateurs n’est identifiée dans la cartographie européenne. Le Maroc occupe donc pour l’instant une place spécialisée plutôt qu’une maîtrise intégrale de la fabrication des équipements éoliens.

La filière des batteries présente un potentiel encore plus important. Le Maroc dispose déjà d’activités industrielles dans les matériaux précurseurs destinés aux cathodes, notamment grâce à Cobco, qui s’appuie sur les ressources nationales en cobalt et en phosphates. Le groupe travaille également sur les technologies LFP, le raffinage et le recyclage.

En revanche, aucune production de cellules de batteries n’était encore opérationnelle au moment de la collecte des données. Les projets de gigafactories restent donc classés parmi les investissements en préparation ou en construction. L’attractivité du Maroc repose ici sur la combinaison de sa filière automobile, de ses ressources minières et phosphatées, de ses infrastructures portuaires et de sa proximité avec le marché européen.

L’hydrogène vert se trouve à un stade différent. Le tissu industriel marocain peut déjà fournir certains équipements périphériques nécessaires aux installations, mais la fabrication des piles d’électrolyseurs n’est pas encore opérationnelle. Les activités recensées restent principalement liées aux études, aux projets pilotes et aux investissements préparatoires.

Les pompes à chaleur constituent, pour leur part, le segment le moins développé parmi les six filières étudiées. La Commission européenne n’a identifié aucune activité d’assemblage spécialisée au Maroc, même si certains savoir-faire existants dans les équipements thermiques pourraient servir de point de départ à une future industrie.

Le diagnostic européen met ainsi en évidence une réalité à deux vitesses. Le Maroc possède déjà des chaînes industrielles opérationnelles et exportatrices dans certains équipements, tandis que plusieurs technologies stratégiques restent dépendantes de projets futurs. Le pays demeure d’ailleurs importateur net de technologies propres vis-à-vis de l’Union européenne et du reste du monde, à l’exception notable de certains équipements électriques.

Cette situation laisse néanmoins au Royaume une marge importante pour accélérer son industrialisation verte. Sa proximité avec l’Europe, ses infrastructures portuaires et ses accords commerciaux constituent déjà une plateforme d’accès aux marchés. La progression de son écosystème industriel s’appuie par ailleurs largement sur les transferts de savoir-faire, les partenariats et l’arrivée de fabricants internationaux. Le Maroc a ainsi amélioré son classement dans l’Indice mondial de l’innovation, passant de la 66e place en 2024 à la 57e en 2025.

La prochaine étape consistera donc moins à multiplier les annonces qu’à transformer les investissements en capacités de production effectives. La cartographie européenne fournit précisément cette lecture : distinguer les usines déjà opérationnelles, les activités d’assemblage, les chaînes industrielles partielles et les composants encore absents. Pour le Maroc, l’enjeu est désormais de convertir son avantage industriel et logistique en une chaîne de valeur plus complète, capable de produire localement les technologies propres les plus avancées.

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