Maroc-Portugal : le câble électrique face au défi du financement européen

Le projet d’interconnexion électrique entre le Maroc et le Portugal pourrait franchir une nouvelle étape grâce à l’intérêt croissant de l’Union européenne pour les infrastructures énergétiques transfrontalières. Rabat et Lisbonne cherchent désormais à inscrire cette liaison dans les priorités européennes, alors que les discussions sur sa faisabilité se poursuivent.

La Commission européenne a lancé, le 14 septembre 2026, un appel à candidatures pour sa troisième liste de projets d’intérêt commun (PCI) et de projets d’intérêt mutuel (PMI). Les candidatures concernant les infrastructures électriques sont ouvertes jusqu’au 13 novembre.

Cette procédure représente une opportunité pour le projet marocain, puisqu’elle concerne également les infrastructures reliant l’Union européenne à des pays partenaires. Une éventuelle reconnaissance comme projet d’intérêt mutuel pourrait faciliter son intégration dans le cadre énergétique européen et améliorer les conditions d’accès à certains mécanismes de financement.

Elle ne garantit toutefois ni la réalisation de la liaison ni l’obtention automatique de fonds européens.

Le projet, réactivé en juillet par les deux pays, reste actuellement au stade des études. Les travaux portent notamment sur les conditions techniques et économiques de sa mise en œuvre, ainsi que sur les possibilités d’associer financements publics et investissements privés.

L’hypothèse étudiée prévoit une capacité pouvant atteindre 1.000 mégawatts. Plusieurs configurations sont envisagées, dont une liaison directe sous-marine entre le Maroc et le Portugal et un tracé passant par le réseau espagnol.

Le choix du parcours aura des conséquences importantes sur le coût global de l’infrastructure. Il déterminera notamment la longueur du câble, les contraintes techniques, les installations de raccordement et les modalités d’exploitation.

Les estimations évoquant auparavant un investissement d’environ 800 millions d’euros restent indicatives. Elles devront être réévaluées à mesure que les études préciseront le tracé et les caractéristiques du projet.

Au-delà de la construction du câble, les partenaires devront établir un modèle économique capable de justifier l’investissement. Les revenus potentiels dépendront notamment du volume d’électricité échangé, des conditions du marché et de l’utilisation effective de la capacité disponible.

Pour le Maroc, une nouvelle liaison avec le Portugal pourrait élargir les possibilités d’échange avec le marché électrique européen. Le Royaume dispose déjà d’une interconnexion avec l’Espagne, qui constitue son principal lien électrique avec l’Europe.

Le développement d’une seconde connexion vers la péninsule Ibérique pourrait renforcer les options de valorisation de la production renouvelable marocaine. L’intérêt d’une telle infrastructure dépendrait toutefois des capacités de production, de la demande et des conditions d’échange entre les réseaux.

L’interconnexion présente également un intérêt potentiel pour le Portugal. Elle pourrait contribuer à diversifier ses connexions électriques et à renforcer les échanges énergétiques avec le Maroc, dans un espace ibérique confronté à des enjeux de résilience et de sécurité des réseaux.

Les discussions prennent notamment en compte les enseignements tirés de la panne électrique qui a touché la péninsule Ibérique en avril 2025. Les autorités portugaises avaient alors évoqué l’intérêt potentiel de renforcer les connexions énergétiques régionales.

Le financement demeure cependant l’une des principales difficultés du dossier. Un câble sous-marin de grande capacité nécessite des ressources importantes, auxquelles s’ajoutent les coûts de raccordement terrestre, de maintenance et d’exploitation.

Une inscription sur la liste européenne des projets PCI/PMI pourrait améliorer les perspectives de financement et renforcer la visibilité du projet auprès des investisseurs. La sélection dépendra néanmoins d’une évaluation des critères européens, notamment en matière de sécurité énergétique, d’intégration des marchés et de décarbonation.

La troisième liste européenne est attendue à l’horizon de la fin 2027. D’ici là, le Maroc et le Portugal devront préciser les éléments essentiels du projet : tracé, capacité, coût, rentabilité et montage financier.

L’avenir de cette interconnexion dépendra donc autant de sa faisabilité technique que de sa capacité à s’intégrer dans les priorités énergétiques européennes.

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