Le Maroc teste l’alerte satellitaire européenne contre la dégradation des sols

Le Maroc devient un terrain d’expérimentation pour une technologie européenne conçue pour détecter les premiers signes de dégradation des terres avant qu’ils ne deviennent visibles sur le terrain.

Baptisé EWALD, le projet européen combine images satellitaires, analyse de données et modèles probabilistes. Son objectif est d’anticiper l’évolution des zones exposées à la sécheresse, à la désertification, à l’érosion ou aux changements d’utilisation des sols.

Le programme bénéficie d’un financement de 1,42 million d’euros dans le cadre des actions Marie-Skłodowska-Curie. Il réunit des chercheurs et spécialistes issus de plusieurs pays européens, de l’Ukraine et du Maroc.

Le choix du Royaume s’est notamment renforcé après les difficultés rencontrées en Ukraine pour mener certaines campagnes de terrain. Les conditions liées à la guerre ont limité les possibilités de vérification directe. Le Maroc a alors offert aux chercheurs un environnement particulièrement intéressant pour tester leur technologie dans des territoires fortement exposés au stress hydrique et à la désertification.

En février, des chercheurs marocains et ukrainiens ont ainsi travaillé dans les vallées du Drâa et du Dadès, notamment autour de Zagora et Skoura. Ces territoires oasiens présentent différents niveaux de dégradation, permettant de confronter les données recueillies depuis l’espace aux observations réalisées directement sur le terrain.

Avec l’appui des services agricoles d’Ouarzazate, 70 points de contrôle ont été sélectionnés. Ces emplacements servent à vérifier la précision des cartes produites par le système et à mesurer la correspondance entre les signaux détectés par satellite et la situation réelle des sols.

L’enjeu dépasse toutefois la simple cartographie des dégâts. EWALD cherche à identifier des tendances suffisamment tôt pour permettre une intervention avant que la dégradation ne devienne difficile à inverser.

La plateforme croise plusieurs sources d’observation de la Terre avec des modèles capables d’estimer la probabilité d’une évolution future. Cette approche doit permettre aux gestionnaires des territoires de disposer d’informations plus rapidement exploitables.

Les données recueillies au Maroc ont également été comparées à celles produites avec Trends.Earth, un outil utilisé pour suivre la dégradation des terres et les évolutions environnementales. Cette confrontation constitue une première étape pour évaluer les performances du prototype dans différents environnements.

La région de Zagora représente un cas d’étude particulièrement important. La sécheresse, la pression sur les ressources en eau et la fragilité des oasis y créent des conditions favorables à l’expérimentation d’un système d’alerte précoce.

Le programme prévoit également une comparaison avec la région ukrainienne de Kryvyï Rih, caractérisée par des pressions liées notamment aux activités industrielles et minières. Deux environnements très différents qui doivent permettre aux chercheurs de vérifier si le modèle peut identifier plusieurs causes de dégradation.

Les travaux menés au Maroc ne se limitent pas aux sols. Une application développée sur Google Earth Engine permet notamment d’analyser les précipitations dans la région de Marrakech. Une cartographie du risque d’incendie dans les oasis a également été élaborée.

Ces données pourraient contribuer à mieux cibler les interventions pendant les périodes de sécheresse et à améliorer la préparation face aux incendies dans les zones oasiennes.

L’Université Cadi Ayyad de Marrakech et la société Ressources Ingénierie représentent le Maroc au sein du consortium. Elles travaillent avec des partenaires portugais, allemands, slovaques et ukrainiens.

L’université apporte notamment son expertise dans l’observation de la Terre et l’étude de la désertification. L’entreprise participe de son côté à l’utilisation du prototype, à la fourniture de données et à l’organisation des activités sur le terrain.

La prochaine étape consiste à rapprocher davantage l’outil de ses utilisateurs potentiels. Administrations, entreprises et organismes agricoles pourraient intégrer leurs propres données sur l’occupation des sols afin d’obtenir des cartes et des prévisions adaptées à leurs territoires.

Le projet prévoit également la formation d’acteurs marocains à l’utilisation de ces données pour le suivi climatique et la gestion des situations de crise.

À terme, les chercheurs souhaitent transformer les résultats obtenus en recommandations destinées aux autorités et aux communautés agricoles. L’objectif est de passer progressivement d’une technologie expérimentale à un outil pouvant contribuer à la gestion quotidienne des terres.

Le projet EWALD doit se poursuivre jusqu’au 30 novembre 2026. Ses concepteurs travaillent encore sur l’amélioration des modèles et envisagent notamment d’intégrer davantage d’intelligence artificielle.

Pour le Maroc, l’expérience pourrait ouvrir une nouvelle voie dans le suivi des territoires fragiles. Les satellites ne serviraient plus seulement à constater l’état des sols, mais à identifier suffisamment tôt les zones où une intervention pourrait encore limiter les dommages.

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