Le Maroc engage une nouvelle étape dans la réforme de son système de santé mentale. Le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, a officiellement lancé jeudi 3 septembre à Rabat le Plan Santé Mentale 2030, une stratégie nationale destinée à améliorer la prévention, l’accès aux soins et l’accompagnement des personnes concernées.
L’ampleur des besoins explique l’ambition affichée par les autorités. Selon les estimations officielles citées lors du lancement, 6,5 millions de Marocains vivent avec un trouble de santé mentale, dont 2 millions d’enfants et de jeunes. Parmi eux, 85 % n’auraient actuellement pas accès aux soins nécessaires.
Le nouveau dispositif cherche donc à modifier l’organisation de la prise en charge, en intervenant davantage en amont. La prévention, le dépistage précoce et l’accompagnement sur l’ensemble du parcours de soins doivent occuper une place plus importante, avec une attention particulière accordée aux enfants, aux jeunes et aux personnes considérées comme vulnérables.
L’un des principaux objectifs concerne l’accès territorial aux services. Le plan prévoit de renforcer le rôle des soins de santé primaires et des structures intermédiaires, tout en améliorant leur coordination avec les établissements hospitaliers et spécialisés. L’objectif est de rapprocher progressivement les services de santé mentale des populations dans les différentes régions du Royaume.
Les capacités d’accueil doivent également connaître une forte progression d’ici 2030. Le nombre de lits dédiés à la prise en charge psychiatrique devrait passer de 2 466 à environ 4 728. Le nombre d’hôpitaux psychiatriques doit, lui, progresser de 10 à 17, tandis que les structures intermédiaires passeraient de 4 à 24.
Le déficit en ressources humaines constitue un autre volet majeur du programme. Le ministère prévoit de porter le nombre de psychologues dans le secteur public de 32 à 786. Les capacités annuelles de formation des psychiatres devraient passer de 36 à 124, tandis que celles des infirmiers spécialisés en santé mentale progresseraient de 490 à 750 par an. Un cadre légal destiné à régir la profession de psychologue est également prévu.
Pour soutenir cette transformation, près de 4 milliards de dirhams seront mobilisés pour financer les différentes mesures et actions programmées jusqu’en 2030.
Le Plan Santé Mentale 2030 repose sur trois axes stratégiques et quatre conditions-cadres. Au total, 86 actions et mesures ont été identifiées afin d’améliorer l’accessibilité, la continuité et la qualité des services proposés aux personnes concernées. Son élaboration a associé 13 départements ainsi que les différents acteurs concernés, avec l’appui de l’Organisation mondiale de la Santé.
Pour Amine Tehraoui, cette stratégie s’inscrit dans la réforme plus large du système national de santé et dans les orientations royales accordant une place centrale à la dignité, à l’équité et à l’amélioration de la qualité des services. Le ministre met notamment l’accent sur la nécessité d’intervenir plus tôt, d’augmenter les capacités d’accueil et de renforcer les ressources humaines.
À travers cette réforme, le Maroc cherche ainsi à faire évoluer la santé mentale d’une logique principalement centrée sur les structures spécialisées vers une prise en charge davantage intégrée, préventive et accessible. L’échéance de 2030 doit permettre de mesurer concrètement les progrès réalisés sur l’offre de soins, les effectifs spécialisés et la couverture territoriale.




