Huda Shaarawi: l'Égyptienne qui a fait avancer les droits des femmes
Huda Shaarawi: l'Égyptienne qui a fait avancer les droits des femmes

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Last updated: 12 juillet 2020 - 8 h 06 min (+01:00)

Nur al-Huda Sultan, devenue par le mariage Huda Sharawi ou Hoda Shaarawi (1879 – 1947) est une pionnière du féminisme égyptien.

Une constante dans l’engagement de Huda Sharawi a été de ne jamais séparer la cause des femmes de celle de la libération nationale et arabe. Les Britanniques occupent l’Egypte depuis 1882 jusqu’à une pseudo-indépendance accordée à l’entre-deux-guerres.

Pour replacer les luttes sur une base décoloniale, « recomposer les espaces de résistance à partir des points de vue minoritaire » gardons à l’esprit que le contenu des revendications doit s’adapter à la diversité des vécus d’exploitation, et que les intérêts des groupes minoritaires ne coïncident pas avec ceux des groupes dominants, tant qu’existent des hiérarchies dans les rapports sociaux (sexe, race, classe).

Il y a un féminisme endogène aux sociétés musulmanes, qui émerge à la fin du 19e siècle, en tant que mouvement intellectuel réformiste musulman. Cette Nahda (renaissance) de la pensée musulmane – à laquelle prend part le mouvement féministe islamique de la fin du 19e siècle – porte un discours nouveau appelant à revenir aux sources scripturales (plutôt qu’aux différentes interprétations) et à dénoncer la sacralisation des avis des anciens savants de l’Islam. Ce qui a ouvert la voie à une une critique de l’imprégnation patriarcale d’un certain nombre de commentaires coraniques. Ce féminisme prend ensuite la forme de mouvements sociaux dans le contexte des luttes nationales d’indépendance et anti-coloniales du début du 20e siècle.

Huda Sharawi naît sous le nom de Nur al-Huda Sultan, en 1879. Issue d’une famille égyptienne de la classe privilégiée, elle passe sa jeunesse dans la maison familiale au Caire. Elle apprend le coran mais ne peut suivre l’enseignement de la langue arabe. Car les enfants issus de cette classe privilégiée, sont plutôt éduqués selon un modèle européen, comme dans beaucoup de pays colonisés. Ce qui aura un impact sur les revendications du mouvement indépendantiste, qui s’est développé dans ces couches sociales où les manières européennes étaient la norme. C’est dans cette intrication complexe de contraintes et de double sens, que se développe la première vague féministe en Egypte.

La loi musulmane donnant aux femmes la pleine propriété de leurs biens, elles en assurent également la gestion économique et en consacrent une partie à des institutions de charité, à travers lesquelles elles peuvent acquérir une véritable influence. Cependant certaines règles demeurent intangibles. Les usages concernant le mariage sont destinés, non à assurer le bonheur personnel, mais le maintien du patrimoine à l’intérieur de la famille (c’est un des objectif de l’institution du mariage, partout dans le monde). Ce mariage est généralement très précoce. A 12 ans, Huda doit se fiancer à son cousin. La polygamie ostentatoire commence à être mise en question dans les classes privilégiées. La mère de Huda obtient du futur époux un contrat qui stipule que le mariage demeure monogame. Cela signifie qu’Ali Sharawi doit se séparer de sa première épouse (ce qui ne fut pas respecté par ce dernier). Dans le récit que Huda fait de son enfance, on trouve la plupart des thèmes qui alimenteront son combat pour les femmes : l’égalité des sexes, le droit à l’éducation, la condamnation du mariage précoce, la condamnation de la polygamie.

Grâce au contrat de mariage négocié par sa mère, Huda peut se séparer de son mari, et acquiert un début d’autonomie. Elle profite de cette nouvelle liberté pour nouer d’autres amitiés féminines qui élargissent son horizon. Elle commence à fréquenter l’opéra ainsi que les salons du Caire, où toute une série de sujets politiques et d’actualités sont débattus. Cette période d’autonomie dure sept ans. Mais les intérêts familiaux sont toujours les mêmes et elle doit reconduire son mariage avec Ali en 1900. Elle a alors 21 ans.

Huda oriente l’institution philantropique qu’elle gère dans un sens nationaliste, au-delà des divisions de communautés religieuses et de classes. Il s’agit d’un dispensaire auquel va être ajouté, quelques années après, une école où seront données des enseignements de puériculture et « d’hygiène domestique ». Le petit dispensaire devient un grand hôpital, à partir duquel se développe tout un réseau d’établissements de soins du même type. Il s’agit aussi de proposer des cours d’alphabétiser aux jeunes filles des quartiers pauvres du Caire et d’organiser différents enseignements. L’organisation met ensuite à disposition des femmes des ateliers où elles fabriquaient des objets artisanaux afin que les femmes retirent quelques revenus de leur vente.

Quand la première guerre mondiale prend fin, les Egyptiens, irrités par les promesses d’indépendance faites aux Arabes, réclament pour leur pays l’application du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes proclamé par le président états-unien Wilson. L’échec d’une négociation entre des représentants de cette opposition nationale indépendantiste et du pays colonisateur, puis la répression britannique auront de multiples conséquences : la première sera l’organisation de l’opposition nationale indépendantiste autour d’un parti qui prendra le nom de Wafd ; la seconde sera l’éclatement de la révolution de 1919.

Les hommes étant constamment menacés d’arrestation et de déportation, c’est aux femmes de prendre le relais et de mobiliser des réseaux de femmes. Manifestations, grèves et boycotts se poursuivent. Les militantes féministes sont persuadées de jouer un rôle politique réel et reconnu. Les événements vont éveiller leurs doutes, quand elles découvrent qu’elles n’ont pas été consultées sur les projets d’accord avec les Britanniques. Elles protestent fermement. L’activité des femmes se révèle indispensable pour un mouvement national qui ne cesse de s’amplifier, alors que les Britanniques concèdent une pseudo-indépendance, sous leur contrôle.

C’est alors que meurt Ali Sharawi. Le veuvage de Huda lui confère un statut et une liberté qu’elle met au service des causes qui lui sont chères, dont la cause des femmes. Elle prend des distances avec le Wafd et participe, en 1923, à la création d’une association féministe indépendante, l’Union féministe égyptienne. Huda reproche aux chefs de file de Wafd, aussi bien leur attitude envers les femmes qui n’ont pas obtenu le droit de vote dans la nouvelle loi électorale [2], que les concessions faites aux Britanniques en acceptant la séparation du Soudan et de l’Egypte. Le panarabisme est déjà là dans la pensée politique de Huda Sharawi. Et dorénavant, c’est de l’intérieur du mouvement féministe que Huda poursuit son combat nationaliste.

Un autre geste, symbolique celui-ci, marque la rupture de Huda avec certains codes, c’est son dévoilement public en 1923, de retour d’une conférence internationale. Beth Baron [3] a bien montré tous les enjeux tournant autour de la question du voile dans cette Egypte du début du siècle. Huda Sharawi est loin d’être la première Égyptienne à se débarrasser d’une pièce de tissu que beaucoup de femmes des villes et des campagnes ne portent pas. Le sens de ce geste est multiple : par commodité, en solidarité avec les non-voilées des classes inférieures, poussée par les féministes occidentales, et d’autres sens à ce geste existent encore. Huda n’a apparemment pas publiquement donné les raisons de ce choix. Conséquence concrète pour Huda, en découvrant son visage, elle met fin aux usages de son rang, aux privilèges (et contraintes) liés à sa classe sociale.

À l’appel de Huda Sharawi se tiendra au Caire, en décembre 1944, le premier Congrès féministe arabe qui associera cette fois féminisme et nationalisme pan-arabe. Lorsque, quelques mois plus tard, naît la Ligue arabe, elle ne comprend aucune femme, ce que Huda ne manque pas de déplorer : « La Ligue dont vous avez signé le pacte hier n’est qu’une moitié de Ligue, la Ligue de la moitié du peuple arabe ».

Huda Sharawi meurt en 1947, semble-t-il emportée par une épidémie de choléra qui déferle sur l’Egypte à la fin de l’été : « les dames de la haute société partent dans les villages pour soigner les malades, sans crainte de la contagion » nous dit Sonia Dayan-Herzbrun.

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